Les traitements naturels pour les maladies des yeux en médecine traditionnelle chinoise

Le médicament destiné à être placé sur l’œil est habituellement un protecteur (collyre ou extrait liquide). Les Chinois distinguent en pathologie les maladies des yeux proprement dites et les troubles de la réfraction (myopie, presbytie, astigmatisme).

Les maladies les plus fréquentes sont :

1. les maladies de la conjonctive (« l’œil rouge» – hong-yen – ou conjonctivite aiguë; “l’œil de sable” – cha-yen, conjonctivite granuleuse, ou trachome; la conjonctivite phlycténulaire, etc.);


2. les maladies de la cornée (l’inflammation de la cornée ou kératite; les opacifications : taies ou leucomes);

3. la maladie de l’iris (glaucome) et la maladie du cristallin (cataracte).
« Il existe, écrit P. Amalric en 1972, des différences de pathologie entre la Chine et l’Occident. Nous n’en voudrions pour preuve que deux exemples : la rétinopathie diabétique, source majeure de cécité en Europe, est très rare dans les hôpitaux chinois. En revanche, d’après ce qui nous a été dit, les tumeurs sont très fréquentes, mais ne seraient pas du même type que celles que nous étudions chez nous. Dans le domaine des laboratoires cliniques et du matériel médicochirurgical, un personnel médical de qualité examine, avec des moyens trop pauvres, un nombre considérable de malades et leur fournit aussitôt les médicaments nécessaires.»

Aussi nous efforcerons-nous de préciser la nature des drogues chinoises dans le traîtement simple ou dans le traitement combiné.

Traitements simples des maladies de l’œil en médecine traditionnelle chinoise

Le traitement simple préserve l’apport de la tradition. Nous y retrouvons des drogues destinées à faciliter l’ouverture des cavité.s naturelles comme le bornéol ou des décoctions classi­ques (Radix Angelicae sinensis, Flos Chrysantherni et Radix Scutel­lariae). L’histoire de l’emploi des recettes traditionnelles a été exposée d’une manière magistrale par Lee T’ao et Pi Hua-teh (Pékin, 1958). Ce dernier a donné d’intéressantes prescriptions contre le glaucome.
L’irido-diagnostic ayant fait, en 1975, l’objet d’une étude originale du docteur R.J. Bourdiol en collaboration avec M. Péré, il nous paraît inutile de revenir sur ce sujet.

L’examen de l’œil définit le traitement symptomatique et antalgi­que. Dans chaque cas, l’usage de la phytothérapie est vivement conseillé. Le premier cas exposé est « l’œil rouge» (hong-yen), ou conjonctivite. Elle se caractérise, en effet, par la rougeur et la dilata­tion des vaisseaux. On distingue la conjonctivite superficielle, localisée à la partie inférieure de l’œil, de la conjonctivite grave comportant des complications cornéennes.

La médecine ne doit pas être uniquement curative. Elle est préventive.

On conseille une hygiène stricte (propreté des linges et des mains, élimination des sécrétons), à laquelle s’ajoute d’ailleurs l’action bienfaisante des plantes. Signa­lons quelques remèdes spécifiques.

Dendrobium

Le Che-hou, Caulis Dendrobii (Orchidaceae) est une plante du bassin du Yang-tseu et de la Chine méridionale. Les tiges du Den­drobium nobile Lindley contiennent de la dendrobine qui a une action analgésique. Elles sont, en ophtalmologie, associées à de nombreuses drogues.

Phelodendron

La décoction de Houang-pai, Phelodendron amurense Rupr. (Ru­taceae) a été expérimentée contre la conjonctivite aiguë à la clinique des Enfants Malades de Ho-fei ( 1960).

Morus

Les feuilles de mûrier sont fréquemment indiquées contre les lar­moiements et les vertiges. Il ne faut pas confondre le Cortex Mori avec le Folium Mori (Moraceae) indiqué contre la toux. Le Cortex Mari (Sang pai-p’i), écorce dite à peau blanche (Morns alba Linné) croît dans le Kouang-long, le Kouang-si, le Tchii-kiang le Hou-pei et le Kiang-sou.
Fraxinus

Le Fraxinus bungeana A. D.C. (Oleaceae) est un arbuste du Ho-pei, du Ho-nan, du Chan-si, du Chen-si et du Nord-Est. Le Ts’in-p’i ( Cortex Fraxini) sédatif et astringent, contient de la fraxine et de la fraxétine. En médecine populaire, il est recommandé comme collyre.

Coptis

Le traitement du trachome par le Coptis teeta Wallich, est indiqué deux à trois fois par Jour.
Gelsernium

La toxicité du Gelsemium eiegans (Hou-man ts’ao) et ses effets sur la dilatation de la pupille ont été étudiés par Huang Ch’ing­chang et Ch’eng Chih-ping (1956).

 

Les traitements combinés des maladies de l’œil

Traitement naturel de la conjonctivite

Le traitement de la conjonctivite associe l’acu­puncture et la moxibustion à l’action des plantes. Les remèdes de type occidental (antiseptiques et désinfectants) complètent, avec la chirurgie le cas échéant, l’arsenal thérapeutique en ophtalmologie.


Quelques lectures intéressantes:

On prescrit le sulfate de zinc en collyre contre les conjonctivites. Le sulfate de cuivre en pommade ou en collyre, quant à lui, agit efficacement sur la conjonctivite granuleuse. Dans ce dernier cas, il est utilisé avec le bornéol et I’ Herba Eleocharitis ( Cyperaceae) qui traite les débuts d’opacification.

Traitement naturel du trachome

L’origine de « l’œil de sable» ( Cha-yen) ou trachome, est mal élucidée. li est attribué à un virus filtrant. La contagion se fait par les sécrétions de l’œil. C’est aux médecins aux pieds nus qu’est confiée la prévention du trachome: ils utilisent les instillations de Lou·mei-sou (chloramphenicolum), de Kin·mei-sou (auréomycine) et d’Oculentum sulfacetamidi natrici. Le borax et la calamine entrent également dans les compositions contre les opacifications. On doit à Tang Ch’un l’étude comparée de l’action des drogues dans les années soixante.
Dans le trachome, les symptômes inflammatoires subsistent avec l’auréomycine et la terramycine. Les effets du sulfate de cuivre sont progressifs et la cicatrisation du tissu sous-conjonctival à l’aide du phénol limite les complications. L’emploi du Coptis teeta contre le trachome semble connaître un regain d’intérêt.

En moxibustion, on sélectionne de préférence trois points classi­ques: le Fong·tch’e (point n° 20 sur le méridien de la Vésicule biliaire); le Ho·kou (point n° 4 sur le méridien du Gros Intestin), facilement repérable dans l’angle formé par les 1 ers et 2èmes métacarpiens; le T’ai-yang (point hors-méridien), qui est à la mi-distance entre l’extrémité externe du sourcil et l’angle externe de l’œil.

Traitement naturel de la kératite ou inflammation de la cornée

Dans les maladies de la cornée (kératite ou inflammation de la cornée) comme dans les maladies de l’iris (iridocyclite ou inflamma­tion simultanée de l’iris et du corps ciliaire), on cherche surtout à réduire les douleurs, la photophobie et le larmoiement. On préconise actuellement le collyre à l’atropine à titre mydriatique.

La mydriase ou dilatation de la pupille avec contraction de l’iris marquée par un anneau vert fut observée et décrite par Wang K’en-t’ang (1602). La mydriase peut être le signal d’une attaque. Wang préconisait les points Pai·houei (au sommet du crâne) et le Nao·hou (sur la ligne médiane postérieure, au-dessus de l’implantation des cheveux).

Le contrôle de l’état de la pupille est un élément de la prévention. On indique l’instillation de Pinus et les décoctions contre l’iridocyclite. Les drogues les plus employées sont le Pai-mao ken, Rhizoma Imperata (Gramineae); Yin-houa, Flos Lonicerae (Caprifoliaceae); Tche-mou, Rhizoma A nemarrhenae (Liliaceae); Kan-ts’ao (Radix Glycyrrhizae (Leguminosae) etc. Le point Ts’ing-ming est actuellement très employé contre les larmoiements. Il est situé au­dessous de l’angle supéro-interne de l’œil. Nous avons déjà indiqué les points Ho-kou, Fong-tch’e et T’ai-yang. Leur action est complé­tée par les points suivants sur l’oreille : « Foie », « Reins », « Endo­crine » et le « Point des Yeux » qu’il ne faut pas confondre avec le « Point de l’œil » (Institut de Médecine de Kirin, 1971).

 

Traitement naturel du glaucome

Le glaucome était, en médecine traditionnelle, attribué à un « écran vert» qui provoquait une tension intra-oculaire intense (l’œil est dur au toucher), de vives douleurs crâniennes, des nausées et des vomissements. Le malade voit des « auréoles irisées » et finit par per­dre la vue. La précocité du diagnostic est d’une importance extrême. Dans cette maladie, l’influence du moral joue énormément sur l’état du malade, que l’acupuncture et la moxibustion peuvent améliorer clans des proportions notables. Voici les points choisis : Le T’ai­yang, le Ho-lwu, le San-li de jambe et le Nei-kouan. En auriculomédecine, on recommande la région des yeux ( Yen-kiu) et le point n° 1 de l’oeil, puis le point sédatif Chen-men et le point du Foie.

Traitement naturel de la cataracte

Ce n’est pas d’hier qu’on soigne en Chine la cataracte (ou opa­cification du cristallin). Le Tchen-kieou ta-tch ‘eng (Encyclopédie de l’acupuncture et des moxas) mentionne déjà, en 1601, la vieille tech­nique de l’abaissement de la cataracte sénile à l’aiguille. Elle a été reprise par le personnel de la section ophtalmologique de l’hôpital de Kouang-an-men. Le docteur Tang Yeou-tche en 1973, dit:« Une incison de trois millimètres est pratiquée, en un point inféro-externe du pourtour de la cornée transparente. On introduit une aiguille pour rabattre le cristallin clans le globe oculaire. L’opération dure de quatre à cinq minutes et le patient recouvre la vue».
Les plantes médicinales chinoises sont également indiquées dans les troubles de la réfraction et l’asthénopie. Elles traitent la photo­phobie (la lumière est pénible pour l’œil), l’amblyopie (diminution de l’acuité visuelle) et le larmoiement (obstruction du canal lacry­mal).

 

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