La posture de méditation debout dans le « YANG SHENG » (2ème partie)

Dans un précédent article, j’ai présenté le travail de méditation debout, avec ses caractéristiques particulières concernant le corps et l’esprit.

Cette présentation s’appuie sur l’enseignement de mes maîtres, tout d’abord Jung Yung-Hwan dont l’approche qu’il nomme « Sun » est la fondation de ma pratique et de mon propre enseignement ; mon second maître est Guo Guizhi, 3ème génération du yiquan-dachengquan, dont les stages particuliers et collectifs intensifs que j’ai pu suivre à ses côtés m’ont profondément influencé et permis d’approfondir ma base.


Je n’ai bien évidemment pas atteint leur excellence, mais la base de travail présentée ici servira aux débutants, seuls ou non, ainsi qu’à ceux qui voudront intégrer d’autres aspects dans leur pratique personnelle.

A. Le corps et l’esprit

Les caractéristiques concernant le corps et l’esprit sont identiques à la première partie. On doit respecter les principes d’alignement, de placement et de détente du corps. Ce qui est présenté dans la première posture Wuji est repris ici dans la pratique de la seconde posture. De ce fait, je ne redonne pas les descriptions ici et vous renvoie au premier article.

Concernant l’esprit, on va distinguer 2 aspects, déjà présents dans le premier article, mais dont l’importance est accrue ici. En effet, la posture Wuji est celle qui va servir à débuter une pratique de méditation debout et l’accent est surtout mis sur le relâchement du corps et de l’esprit. La position du corps est précise mais pas trop exigeante physiquement, le rôle du yi (intention) est principalement axé sur la détente.
Dans cette seconde partie, la position est plus exigeante physiquement et va engranger plus de fatigue ainsi qu’une dépense d’énergie accrue. Cela va surtout apparaitre au début, car rapidement avec l’habitude le corps va gagner en force interne et en équilibre, affinant les sensations et renforçant durablement la santé. Le rôle du yi va également gagner en importance puisque les visualisations qu’on va employer vont intensifier la concentration et la « pleine-présence ».

B. Posture « Fu tuo shi »

  1. Présentation

Dans l’article précédent, j’ai présenté la base de la pratique à travers la posture Wuji (ou wuji zhuang).
Ici, nous allons parler de la seconde position, Fu tuo shi (ou fu tuo zhuang). Lors d’une session de pratique, il est soit possible de débuter avec la position Wuji pendant la moitié du temps et de passer à Fu Tuo Shi, soit si vous êtes plus à l’aise de faire quelques minutes Wuji et de baser l’entraînement sur Fu Tuo Shi.

Vous aimerez aussi :  L'empereur Chen Non et l'origine de la médecine traditionnelle chinoise

Après quelques temps, souvent quelques mois, vous pouvez baser votre pratique uniquement sur cette position, le corps étant habitué à la posture. Cela relèvera à ce moment-là de votre ressenti et choix personnel.

扶 fú : soutenir avec les mains
托 tuo : tenir avec les paumes
Le nom de la posture décrit donc le mouvement.

2. Description de l’exercice (voir photo)

zhuang gong bas

La position du corps est la même que dans la posture Wuji : les pieds sont parallèles (ou les pointes légèrement en ouverture, écartés de la largeur des épaules ou des hanches). On assoit le bassin comme sur un grand tabouret ou un gros ballon, le haut du corps reste droit, on ne sort pas le ventre exagérément mais celui-ci reste détendu.

On garde la colonne vertébrale assez droite en étirant avec légèreté et détente le coccyx vers le bas tandis qu’on pousse le sommet de la tête vers le haut. Le menton ne se retrouve du coup pas levé, le regard se concentre vers devant et l’intérieur du corps. Si on n’est pas stable, qu’on est fatigué ou faible, on évitera de fermer les yeux. Il vaut mieux être familier de la pratique pour cela. On ne bombera pas la poitrine et donc on laissera légèrement sortir les omoplates.

On est assis et les genoux ne dépassent pas la pointe des pieds. On fait en sorte de répartir le poids du corps à 50% de chaque côté, les pieds « saisissant » légèrement le sol.

Les 2 mains sont au niveau du nombril, les coudes tirés vers l’extérieur et les épaules détendues. Les paumes sont tournées vers soi et vers le haut, comme si on portait un ballon ou un objet léger. Les bras sont en demi-cercle. Les doigts se font face et la distance entre les 2 mains est d’environ 20 cm.

Utilisation du yi (intention) :

Le corps est léger comme s’il flottait ou qu’on se trouve dans l’eau et qu’on se laisse porter par les vagues. On soutient un ballon et tout le corps s’ouvre. On sourit intérieurement en restant dans la tranquillité et la quiétude. On va éviter de focaliser et on va rester à l’écoute de l’environnement (on relie l’intérieur et l’extérieur). De ce fait, il vaut mieux pratiquer dans un endroit calme.

3. L’aspect thérapeutique

Vous aimerez aussi :  8 conseils pour pratiquer la pleine conscience comme un maitre zen dans la vie quotidienne

Cette position est bonne car elle n’est pas extrême. En effet, lorsqu’on va ouvrir les bras et les épaules, la cage thoracique va également s’ouvrir et la respiration va devenir plus efficace et profonde, notamment car le diaphragme va pouvoir jouer son rôle sans être entravé. Du coup cela va favoriser la descente dans l’abdomen et permettre de concentrer le Qi dans le dantian.
Le fait d’ouvrir les bras, les épaules et la poitrine va nous permettre de prendre conscience des tensions qui se situent dans le haut du corps et de progressivement les éliminer. Le fonctionnement des organes internes, par l’intensification de la respiration et des battements du cœur, va être optimisé et renforcé.
La position du bas du corps assise renforce les muscles et tendons des jambes sans faire d’efforts excessifs, ce qui est favorable à tous ceux qui ne peuvent pas faire de sports intensifs ou qui cherchent autre chose de plus naturel et de plus respectueux pour le corps.
En restant détendu, ouvert à la fois à l’extérieur et à nos sensations, l’esprit va pouvoir se « poser » et s’établir dans le moment présent. Chaque fois que des pensées vont arriver, et elles seront nombreuses au début, on va revenir sur le corps. L’aspect méditatif va se développer ainsi.

Conclusion

Les personnes débutantes peuvent commencer par la posture Wuji et se concentrer dessus durant 3 à 6 mois. Par la suite, si on est à l’aise dans la pratique, on va pouvoir répartir notre entraînement dans les 2 postures ; on commencera par Wuji et on enchaînera par Fu Tuo Shi, la position du corps restant la même, seuls les bras changent de position.
Pratiquez sans forcer, sans trop vous contraindre et cherchez le plaisir et le bien-être avant tout.

Je recommande 20 minutes de pratique comme durée standard ; dans ce cas, on peut faire 10 minutes la posture Wuji et passer à 10 minutes de posture Fu Tuo Shi. Si vous ne pratiquez que 10 minutes, faites 5 minutes de Wuji et 5 minutes de Fu Tuo shi et ainsi de suite.

Les personnes qui ont beaucoup de temps et qui ne sont pas débutantes peuvent pratiquer maximum 1h par jour ; personnellement, je recommande une pratique régulière de 30 minutes, car cette durée permet de progresser régulièrement et en profondeur sans se décourager.


Grégory Cros
Expert Qi Gong et Taijiquan
gregorycros@hotmail.fr