Phytoestrogènes: bénéfiques ou dangereux ?

Les effets des phytoestrogènes font polémique dans le milieu de la recherche. Certains pensent qu’ils seraient bénéfiques, d’autres les considèrent comme dangereux, ce n’est donc pas évident de savoir quels sont les effets réels de ces composés. Les phytoestrogènes sont un groupe de composés d’origine végétale dont les effets sont semblables aux œstrogènes (ce qui explique leur nom). On les trouve notamment dans les noix, les produits à base de soja, les céréales. Parmi leurs effets supposés, on peut citer leur rôle dans la ménopause et dans la réduction du risque de maladie cardiaque. Ils permettraient également de lutter contre certains cancers mais là encore les résultats des études sont mitigés. Nous faisons le point dans cet articles sur tous les bienfaits supposés des phytoestrogènes.

Qu’est ce que les phytoestrogènes ?

Les phytoestrogènes sont un groupe de composés naturels présents dans de nombreuses plantes. Les aliments contenant des phytoestrogènes sont par exemple le tofu, le soja et les graines de lin.


Le nom provient d’une combinaison du mot grec « phyto », et du terme « oestrogènes »   qui désigne une hormone sexuelle.

L’œstrogène est une hormone essentielle pour le développement féminin et la fertilité. Les hommes ont également des œstrogènes mais à des niveaux beaucoup plus bas.

Parce que les phytoestrogènes sont structurellement similaires aux œstrogènes, ils peuvent interagir avec ses récepteurs dans le corps. Certains phytoestrogènes imitent les effets des œstrogènes, tandis que d’autres peuvent bloquer ses effets  (1).

Ces effets permettent aux phytoestrogènes d’offrir une variété d’avantages pour la santé, en particulier pour les femmes ménopausées. Ceux-ci peuvent inclure une diminution du vieillissement de la peau, des os plus solides et un risque plus faible de maladie cardiaque.

Il existe quatre familles principales de phytoestrogènes  (2):
• Isoflavones: le type de phytoestrogène le plus étudié. Les aliments contenant des isoflavones comprennent le soja et d’autres légumineuses.
• Lignanes: une classe de phytoestrogènes différente. Les aliments contenant des lignanes comprennent les graines de lin, le blé entier, les légumes, les fraises et les canneberges.
• Coumestanes: Bien qu’il y ait une variété de coumestanes, seulement quelque uns calquent les effets des œstrogènes. Les aliments qui contiennent des coumestanes comprennent les germes de luzerne, les pousses de trèfle et les germes de soja.
• Stilbènes: Le resvératrol est l’un des stilbènes alimentaires les plus courants. Les aliments contenant du resvératrol comprennent les noix et le vin rouge.

En outre, les phytoestrogènes appartiennent à un plus grand groupe de composés végétaux appelés polyphénols. Les polyphénols ont des effets antioxydants et neutralisent les radicaux libres nocifs  (3, 4).

Aliments riches en phytoestrogènes

Les phytoestrogènes sont présents dans de nombreux aliments, suppléments et huiles essentielles. Certaines des concentrations les plus élevées peuvent être trouvées dans  (18):
• Soja et produits à base de soja
Tempeh
• Graines de lin
• L’avoine
• Orge
• Lentilles
• Graines de sésame
• Luzerne
• Pommes
• Carottes
• Huile de jasmin
• Grenade
• Germe de blé
• Café
• Racine de réglisse
• Le houblon
• Bourbon
• Bière
• Trèfle rouge
• Huile de sauge sclarée

Bienfaits des phytoestrogènes pour la santé

Les régimes riches en phytoestrogènes ont été liés à certains avantages considérables pour la santé.

Voici quelques façons dont les phytoestrogènes peuvent améliorer votre santé:

1. Ils peuvent réduire les facteurs de risque de maladie cardiaque

La maladie cardiaque est la principale cause de décès dans le monde (10).

Les personnes atteintes de taux élevés de cholestérol, de triglycérides, de «mauvais» cholestérol (LDL) ou d’hypertension artérielle présentent un risque plus élevé de maladie cardiaque que d’autres (11).

De nombreuses études ont montré que la consommation d’aliments riches en phytoestrogènes peut réduire les facteurs de risque de maladie cardiaque  (12, 13, 14, 15, 16).

Par exemple, une analyse de 38 études a révélé que la consommation de 31 à 47 grammes de protéines de soja quotidiennement réduisait le taux de cholestérol sanguin de 9%, les triglycérides de 10% et le cholestérol LDL de 13% en moyenne.

En outre, les personnes de l’étude avec le taux de cholestérol le plus élevé (plus de 335 mg / dl) ont réduit leurs taux de cholestérol de 19,6%  (16).

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La Food and Drug Administration (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux), approuve les affirmations concernant la protéine de soja et la prévention des maladies cardiaques (17).

2. Ils peuvent soutenir la santé osseuse

Avoir des os solides est très important, surtout au fur et à mesure que nous vieillissons.

Une alimentation riche en phytorogènes peut prévenir l’ostéoporose, une affection associée à la perte osseuse et aux os poreux (6).

Les études sur les animaux ont montré que les phytoestrogènes peuvent diminuer la formation d’ostéoclastes, un type de cellule qui décompose les os. En outre, ils peuvent augmenter la formation d’ostéoblastes, un type de cellule qui aide à la construction des os  (18).

De plus, des études sur l’homme ont révélé que les personnes ayant une alimentation riche en phytoestrogènes ont un risque plus faible de fractures de la hanche (19).

Cependant, les études sur les suppléments de phytoestrogène montrent des résultats contradictoires.

Une analyse comprenant 10 études a révélé que la prise d’un supplément d’isoflavone pendant au moins un an n’a pas augmenté de manière significative la densité osseuse de la hanche ou de la colonne vertébrale (20).

Cependant, une analyse plus récente comprenant 14 études a révélé que la prise d’un supplément d’isoflavones augmentait la densité osseuse de 54%, par rapport à un placebo. Ces études ont duré d’un mois à deux ans (21).

Le lien entre les phytorogènes et la santé des os semble prometteur. Néanmoins, des études futures dans ce domaine permettraient de clarifier cette connexion.

3. Ils peuvent réduire les effets du vieillissement de la peau après la ménopause

La ménopause  se produit lors de l’arrêt des menstruations.

Il en résulte un déclin des niveaux d’œstrogènes, ce qui peut entraîner des rides, un amincissement  et un asséchement (22, 23, 24).

Des études ont révélé que l’application de phytoestrogènes sur la peau pourrait réduire les effets du vieillissement de la peau après la ménopause (24, 25).

Dans une étude menée sur 30 femmes ménopausées, les scientifiques ont constaté que l’application d’un extrait de phytoestrogène sur la peau a permis d’augmenter l’épaisseur de près de 10%.

En outre, les fibres de collagène et les fibres élastiques ont augmenté respectivement chez 86% et 76% des femmes (25).

4. Ils peuvent réduire l’inflammation chronique

L’inflammation est un processus qui aide le corps à combattre les infections et à guérir les plaies.

Dans certaines situations, l’inflammation peut persister longtemps à des niveaux faibles. C’est ce qu’on appelle l’inflammation chronique, et elle est liée à de nombreuses maladies.

Heureusement, les phytoestrogènes comme les isoflavones peuvent avoir des effets anti-inflammatoires sur le corps.

Les études sur les animaux ont montré que les phytoestrogènes comme les isoflavones diminuent plusieurs marqueurs d’inflammation, notamment l’IL-6, l’IL-1β, l’oxyde nitrique et la prostaglandine E2 (26).

De même, des études sur les hommes ont révélé qu’une alimentation riche en isoflavones peut réduire les marqueurs d’inflammation tels que l’IL-8 et la protéine C-réactive (27, 28).

5. Ils peuvent réduire le risque de certains cancers

Le cancer est une maladie caractérisée par une croissance cellulaire incontrôlable.

Une alimentation riche en phytoestrogènes a été associée à des risques plus faibles de plusieurs cancers, dont le cancer de la prostate, du côlon, de l’intestin, de l’endomètre et de l’ovaire  (29, 30, 31, 32, 33, 34).

Par exemple, une analyse de 17 études a révélé que la consommation d’isoflavones de soja était liée à un risque réduit de 23 % de cancer colorectal (33).

Cependant, le rapport entre les  phytoestrogènes et le cancer du sein n’est pas clair  (35, 36).

D’une part, les études montrent que les personnes qui consomment le plus d’isoflavones ont un risque plus faible de cancer du sein  (37, 38, 39).

D’autre part, les études sur les animaux montrent que les phytoestrogènes comme les isoflavones de soja peuvent augmenter le risque de cancer du sein (40, 41, 42).

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Des études futures aideront à déterminer comment les phytoestrogènes affectent le risque de cancer du sein.

Phytoestrogènes: Effets indésirables

Bien que la recherche appuie ces bienfaits décrits ci-dessus, les effets des phytoestrogènes peuvent être également négatifs, ce dont vous devez être conscient. Ces problèmes sont principalement liés à la fertilité et au développement. Il est également important de noter que beaucoup de ces études se penchent sur les effets des phytoestrogènes dans le soja, qui contient ses propres problématiques.

1. Ils peuvent affecter de manière importante la fécondité

Des études montrent que les régimes riches en certains phytoestrogènes réduisent l’apparition de grossesses chez les êtres humains, les Colin de Californie, les souris sylvestre, les moutons australiens et les guépards. Dans certains de ces exemples, l’élimination des phytoestrogènes du régime alimentaire a entraîné une rééquilibration des taux de fécondité.

De plus, l’exposition à la génistéine et au coumestrol, deux composés phytoestrogènes spécifiques, au début de la vie, peuvent contribuer à des problèmes de fertilité plus tard dans le développement. Ils peuvent entraîner une diminution des taux de spermatozoïdes, mais cela reste incertain au vu des différentes recherches. (13, 14)

2. Ils peuvent entraîner des problèmes hormonaux

Il y a une  préoccupation particulière autour de l’apparition d’œstrogènes végétaux dans les préparations de soja pour nourrissons, car les conséquences à long terme ne sont toujours pas bien comprises. Cependant, certaines recherches indiquent des corrélations négatives possibles, y notamment une plus grande apparition de garçons nés avec l’hypospadias, une utilisation accrue de médicaments contre les allergies et des saignements menstruels et des crampes plus sévères pour les filles. Encore une fois, la génistéine a été identifiée comme le coupable le plus probable.

Il existe des idées contradictoires quant à savoir si ces repas sont néfastes à long terme. Une étude au moins, n’a révélé aucune différence significative chez les personnes qui consommé un produit à base de soja par rapport à celles qui ont consommé du lait de vache, donc d’autres recherches sont nécessaires pour tirer des conclusions précises (15)

3. Ils stimulent potentiellement la croissance du cancer du sein

Les phytoestrogènes ont la capacité d’inhiber la croissance de certains cancers, comme le cancer du sein. Cependant, une étude canadienne a révélé que de faibles concentrations de phytoestrogènes peuvent réellement augmenter le cancer du sein et inhiber les effets du tamoxifène, le médicament utilisé pour traiter le cancer du sein à un stade avancé. Dans des concentrations plus élevées, l’effet a été le contraire, ce qui a provoqué une diminution des tumeurs et une augmentation de l’impact des médicaments, ce qui montre à quel point les effets des  phytoestrogènes sont compliqués. (16)

4. Ils augmentent le risque de déclin cognitif et de démence

Une autre préoccupation à prendre en compte est la possibilité de déclin mental en rapport avec la consommation élevée de phytoestrogènes. Bien qu’il n’y ait pas de preuves, la recherche suggère un lien entre la démence et le déclin cognitif  et les phytoestrogènes.

Les facteurs susceptibles de provoquer ce déclin varient en fonction de l’âge et de la santé de la thyroïde, mais il est important de prendre soin de votre cerveau. N’exagérer pas sur la consommation de phytoestrogènes, surtout si vous risquez de subir des troubles cognitifs comme la démence. (17)

Conclusion

Comme nous l’avons vu, les phytoestrogènes sont difficilement classables. Ils peuvent être bénéfiques sous certaines doses, en particulier pour les femmes  à l’âge de la ménopause, mais ils ont également des effets indésirables, en particulier pour les hommes.

Etant donné que ce sont des perturbateurs endocriniens, le mieux est de limiter votre consommation et de consulter votre médecin avant de décider d’en consommer plus ou au contraire d’en arrêter complètement la consommation.

Une chose est sûre, cependant: il vaut mieux éviter le soja comme source de phytoestrogènes, et opter plutôt pour des options plus saines et plus nutritives, comme les huiles essentielles et certains légumes. Le débat s’inscrit dans le milieu de la recherche, mais si vous gardez ces informations en tête, vous pouvez optimiser leurs avantages tout en limitant leurs effets secondaires.

Sources:  draxe.com          authoritynutrition.com


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