La préparation des drogues en phytothérapie traditionnelle chinoise

Nous ne saurions trop attirer l’attention sur les instructions du Pen-ts’ao kang-mou (1590) où les formules sont variées à l’infini : la médecine traditionnelle en porte la marque. Un souci constant : ne pas nuire.

C’est dans cet esprit qu’on choisira, purifiera, accommodera les végétaux uaturels. Les techniques tradi­tionnelles permettent en outre d’obtenir des formes médicamenteuses adaptées aux pratiques modernes.
Siu Tche-tsai (vers 550-577) répartissait les médicaments en dix classes : Sium, (carminatifs), T’ong (diurétiques), Pou (toniques), Sié (purgatifs), Che (astringents), Houa (laxatifs), Tsao (diaphorétiques), Che (émollients), King (altératifs) et Tchang (sédatifs).
Reprenant ces données anciennes, mademoiselle Koo Wen-yah (Lyon, 1941) constitua vingt et une classes qui partent de la valeur thérapeutique des médicaments. Elle s’inspira également de la clas­sification occidentale.

Certains médicaments ont des effets d’incompatibilité, de renfor­cement d’inhibition ou sont, au contraire, des adjuvants.
Les manipulations pharmaceutiques ont été codifiées dans le Pen­ts’ao kang-mou (vers 1590) qui en comptait dix-sept. Li Che-tchen sut différencier les règles communes à de nombreux phénomènes pharmacologiques et résuma les préparations en un ensemble facile­ment accessible :


1) P’ao (littéralement : faire rôtir sur des charbons) consiste à envelopper de pâte ou de papier mouillé, puis à enfouir dans la cen­dre jusqu’au brunissement ou fendillement.
2) Po (chauffer jusqu’au crépitement) ou dessécher par exposition au soleil.
3) Tche, enduire de miel ou de jus de gingembre et exposer à un feu de bois pour faire pénétrer l’enduit. Dans la terminologie géné­rale, ce terme signifie « faire rôtir à la broche ».
4) Tan, qui donne une douce chaleur comme une ébullition légère.
5) Wei, chauffer dans la cendre chaude d’un feu de bois.
6, Tchao, contrairement à son étymologie (rôtir ou griller dans une poêle), revient à faire brunir sans griller dans une marmite de fonte ou de terre.
7) Touan (forger) évoque le travail du métal et veut dire porter au rouge.
8) Lien (purifier par le feu) rappelle l’opération précédente qui est répétée plusieurs fois.
9) Tche, préparer à l’alcool, au vinaigre, au beurre, etc.
10) Tou, pratiquer une mesure (longueur, poids, volume, etc.).
11) Tan Fei, pulvériser, mettre en suspension, dans l’eau et recueillir séparément les sédiments successifs.
12) Fou, humecter d’eau ou d’alcool et laisser macérer en vase clos. C’est aussi changer le caractère des minéraux sublimables. En alchimie, c’est transmuter.
13) Pi P’ang, limer ou raper.
14) Cha, piler.
15) Chai, sécher au soleil.
16) Po, chauffer, crépiter (au soleil).
17) Lou, exposer à l’air, spécialement la nuit. Il signifie également le produit d’une distillation.

Le détail risque de nous cacher l’ensemble érigé en un système qui a survécu à l’usure des siècles. L’Institut de Médecine chinoise de Canton (K ouang-tong tchong-yi hiue-yuan, 1972) distinguait trois sortes d’opérations ou de manipulations pharmaceutiques :
A . Opérations sous l’influence de l’eau;
B . Opérations sous l’influence du feu;
C . Opérations sous l’influence de l’eau et du feu;
Ces opérations ne doivent pas être étudiées dans le cadre de la « Pharmacotechnie » mais à la lumière des médecins-paysans chi­nois. Elles fournissent un enseignement de base pour les techniciens sanitaires des pays nouvellement développés. Ces méthodes simples s’expliquent mieux en milieu tropical. Elles ont permis de prendre en charge des millions de paysans.


Quelques lectures intéressantes:

A . Opérations sous l’influence de l’eau

1. Le «lavage» à l’eau claire est la première étape. Elle consiste à nettoyer la plante afin d’en éliminer les impuretés.
2. Le «flottement» évoque la plante placée dans un courant d’eau. L’eau constamment renouvelée agit sur la plante et la débar­rasse de ses mauvaises odeurs. Ce procédé est recommandé pour le nettoyage des algues.
3. La « macération >) est une opération qui permet de laisser un corps dans un liquide pour en extraire les matières solubles à froid. Elle le ramollit. Les techniciens peuvent le couper en tranches ou en rondelles. Ce procédé est utilisé pour l’aréquier (Pin-fang) dont l’albumen corné est dur. Le Dichroa febrifuga Lour. (Tch’ang-chan), vendu en morceaux de forme ovale, est tiré d’un bois macéré. Il s’est révélé utile en maintes circonstances.
4.Dans l’humidification, les substances odoriférantes et les huiles essentielles préexistantes dans les plantes aromatiques ne sont pas infusées. Elles sont progressivement « humidifiées » afin de faire pénétrer l’eau dans la partie interne. Leur rigidité est assouplie. On peut alors les sectionner. Les essences (naturelles) sont peu solubles dans l’eau. L’écorce du cannelier de Chine, par exemple, ne l’est absolument pas. Le Cinnamomum cassia, drogue stimulante, est soluble dans l’éther et l’alcool.
5.La lévigation donne une poudre impalpable obtenue après sus­pension dans l’eau suivie de décantation. Les poudres entrent dans la composition de nombreux médicaments complexes.

B. Opérations sous l’influence du feu

Le dégagement de chaleur du feu exalte les propriétés des drogues.
1. La torréfaction facilite le début de la calcination. Cette méthode consiste pour les Chinois dans le « grillage jusqu’au jaune». On peut ainsi détruire un principe nuisible, contribuer à la formation d’un principe aromatique ou simplement dessécher une substance. On calcine, par exemple, le gingembre séché. Le Zingiber officinalis est un stomachique apprécié.
La torréfaction cherche également les principes curatifs. Le Gin­seng sert d’adjuvant. Le jus de gingembre est mélangé avec des pous­ses de bambous; avec le Coptis chinensis (Houang-lien) antidysenté­rique; avec le Magnolia officinalis (Heou-p’o) tonique, etc.
2.L’action de griller (tche) ne présente guère de différence avec la torréfaction (tchao). Cette opération se distingue essentiellement par l’emploi des mélanges à griller. L’ingrédient choisi est le miel. Il est mêlé à de l’alcool pour les drogues chauffées à petit feu. Le miel est grillé avec les tiges d’ Ephedra (M a-houang), les feuilles d’Eriobotrya (P’i-p’a) ou les bourgeons floraux de Tussilago (K’ouan-tong), etc.
3.Dans le flambage, la substance enrobée dans la farine est pas­sée par le feu en surface.Le Myristica fragrans (Jeou-t’eou-k’eou), stomachique à odeur et saveur aromatique, est grillé de cette façon. L’enveloppe protectrice peut être une feuille végétale intercalaire. On brûle à petit feu jusqu’à l’apparition d’une couleur jaune. On procède ainsi avec Rosa banksiae (Mou-hiang) et Gastrodia elata (T’ien-ma). On grille également les végétaux dans de la cendre chaude.
4. Le séchage permet de contrôler l’action du feu (« à petit feu))) sur les drogues. Une feuille de papier intercalaire est habituellement placée sur une poêle. C’est une technique utilisée pour réduire la toxicité des produits.

C. Opérations sous l’influence de l’eau et du feu

1. La distillation par l’action de la chaleur permet de recueillir les principes volatils. Les substances de la première catégorie sont chauffées en vase clos sans préparation. Les substances de la seconde catégorie doivent être épuisées par l’eau. Les substances de la dernière catégorie sont transformées avec du jus de gingembre, de l’alcool, du vinaigre et du sel. On distingue la distillation propre­ment dite du passage à la vapeur et de la fermentation (dégradation de substances organiques) qui sont de vieilles techniques chinoises déjà signalées dans le Ts’i-min yao-chou (VIe siècle). La concentra­tion par évaporation est un procédé largement employé.
2. La cuisson est destinée à renforcer l’activité ou à réduire la toxicité d’une drogue en lui adjoignant un liquide. Dans ce dernier cas, on utilise le vinaigre avec le Daphne genkwa ( Yuan-houa) et 1′ Euphorbia pekinensis (Ta-Id).
3. Le trempage consiste à faire flotter un végétal dans de l’eau bouillante. Il est séché au soleil. Cette technique permet d’enlever les surfaces indéhiscentes (qui ne s’ouvrent pas) de certains fruits secs. Ce procédé est indiqué, par exemple, pour le Prunus armeniaca béchique et dépuratif.
4. De nombreuses drogues sont traitées à l’alcool. L’alcoolé ou teinture est produit par la macération d’une matière végétale. Il dit’­ fère de l’alcoolature qui est obtenue par l’action dissolvante de l’alcool sur des substances végétales fraîches. Les racines sont mêlées à des boissons à base d’eau-de-vie ou d’alcool.

 

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