Vous n’êtes pas “trop sensible”. Vous êtes trop exposé. À des flux d’infos anxiogènes, à la comparaison permanente, à l’urgence fabriquée. La tête froide, aujourd’hui, ce n’est pas un trait de caractère : c’est une compétence de protection cognitive.
Le piège : croire que “rester informé” va vous rassurer
Scène classique : vous ouvrez votre téléphone “juste 2 minutes”. Dix minutes plus tard, vous avez avalé une catastrophe, un thread en colère, un débat sans fin… et une petite boule dans le ventre. Ce n’est pas de la faiblesse : c’est le fonctionnement normal d’un cerveau soumis à un environnement qui n’a aucune obligation de vous apaiser.
Les plateformes optimisent l’attention, pas la stabilité émotionnelle. Et quand l’actualité est lourde, votre système nerveux peut se mettre en mode hypervigilance : vous scrollez pour “contrôler”, mais vous alimentez l’alerte.
“Tête froide” = réduire la charge, pas nier le monde
Chez les cadres en surcharge, un gros morceau du stress vient rarement d’un seul problème : c’est l’empilement (tâches, interruptions, injonctions contradictoires, manque de récupération). L’INRS rappelle que les risques psychosociaux incluent notamment des situations de travail liées à la surcharge et qu’ils peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé (dont troubles anxio-dépressifs et épuisement).¹
La tête froide n’arrive pas quand vous “tenez bon”. Elle arrive quand vous retirez du bruit là où vous pouvez, pour garder de l’énergie là où ça compte.
Le monde est parfois anxiogène, mais l’“infodémie” l’amplifie
Même quand l’information est vraie, la manière dont elle circule peut vous lessiver : volume, vitesse, indignation, rumeurs, contradictions.
L’OMS décrit l’infodémie comme une surabondance d’informations, où le tri devient difficile, et propose des gestes simples pour vérifier, ralentir et éviter la propagation de contenus douteux.²,³
Traduction concrète : si vous ne mettez pas de filtre, le filtre sera mis pour vous… par l’algorithme.
Réseaux sociaux : l’effet “comparaison + intensité” (et ça pèse)
Pour les jeunes adultes très réseaux, il y a une double pression : être au courant et être “à la hauteur” (corps, carrière, couple, lifestyle). Ce cocktail entretient une fatigue mentale sourde.
Côté recherche, prudence sur les mots : on parle souvent d’associations plutôt que de causalité directe. Mais on peut déjà s’appuyer sur des signaux sérieux : l’AP-HP (avec Université Paris Cité et Inserm) a publié une estimation modélisée suggérant qu’un usage excessif des réseaux sociaux serait associé à un nombre important de cas supplémentaires de dépression chez des jeunes nés entre 1990 et 2012.⁴ Santé publique France alerte par ailleurs sur la dégradation de la santé mentale des adolescents et jeunes adultes depuis 2020 et propose des repères de prévention.⁵
Le point clé : quand votre cerveau est déjà chargé, la comparaison et la stimulation continue deviennent un carburant parfait pour l’anxiété.
Votre cerveau a besoin de nuit. Or l’écran adore grignoter le sommeil
La tête froide, c’est aussi une question de biologie : moins vous dormez (ou plus votre sommeil est fragmenté), plus vous perdez en recul, en patience, en régulation émotionnelle.
Les autorités sanitaires françaises rappellent que l’exposition à la lumière bleue (notamment le soir) peut perturber les rythmes biologiques et le sommeil, et recommandent de réduire l’exposition, en particulier chez les plus sensibles.⁶ L’Anses souligne également des effets de perturbation des rythmes biologiques et du sommeil liés à l’exposition le soir ou la nuit à la lumière bleue.⁷
Et le HCSP note que les effets des écrans sur le sommeil sont établis et augmentent avec le temps d’utilisation.⁸
C’est une regle totue simple : vous voulez un cerveau plus stable, protégez d’abord votre sommeil.
Le pare-feu mental : 3 gestes qui changent la journée (sans vivre dans une grotte)
Voici une mini-stratégie simple, compatible avec une vie réelle (et un job réel). Elle vise un objectif : réduire l’exposition qui déclenche l’alerte, sans vous couper du monde.
- Une “fenêtre d’info” unique, à heure fixe
20 minutes, une fois par jour. Pas au réveil, pas juste avant dormir. (Vous choisissez l’heure, mais vous la verrouillez.) L’OMS recommande justement de ralentir, vérifier les sources, et éviter la surconsommation anxiogène.² - Un “sas” de 90 secondes avant d’ouvrir une appli
Avant de scroller : une respiration lente, puis une question brute : “Qu’est-ce que je viens chercher ?”
Si la réponse est “me calmer”, mauvaise porte. Faites d’abord un geste qui calme vraiment (marche, eau, respiration, étirement), puis revenez si c’est utile. Pour le travail, les recommandations publiques insistent sur l’importance des pauses, de la hiérarchisation, et de reconnaître ses limites.⁹ - Un couvre-feu d’écran (même imparfait)
Pas besoin d’être parfait : commencez par 15 minutes sans écran avant le coucher, puis 30. Votre système nerveux adore les petites victoires répétées. Les liens entre écrans/lumière et sommeil justifient ce choix.⁶–⁸
Le vrai luxe en 2026 : redevenir “incarné”
Plus le monde est désincarné, plus votre cerveau a besoin de preuves concrètes de sécurité : un corps qui respire, une attention qui tient, un lien réel.
La tête froide, ce n’est pas “ne rien ressentir”. C’est rester gouvernable : vous choisissez où va votre attention, au lieu de la laisser être kidnappée.
1. INRS — “Risques psychosociaux (RPS). Ce qu’il faut retenir” — Page institutionnelle — 8 nov 2021 – https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/ce-qu-il-faut-retenir.html
2. Organisation mondiale de la Santé (OMS) — “Aplatissons la courbe de l’infodémie” — Page conseil — (page OMS, date variable) – https://www.who.int/fr/news-room/spotlight/let-s-flatten-the-infodemic-curve
3. AP-HP — “Réseaux sociaux et santé mentale : près de 600 000 cas supplémentaires de dépression…” — Actualité / communiqué — 13 nov 2025 – https://www.aphp.fr/actualites/reseaux-sociaux-et-sante-mentale-pres-de-600-000-cas-supplementaires-de-depression-chez
4. Santé publique France — “Santé mentale des jeunes : des conseils pour prendre soin de sa santé mentale” — Communiqué — 9 oct 2023 https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2023/sante-mentale-des-jeunes-des-conseils-pour-prendre-soin-de-sa-sante-mentale
5. Ministère de la Santé (France) — “Effets sur la santé de l’exposition à la lumière bleue” — Page d’information — 23 oct 2025 – https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/activites-humaines/exposition-aux-ondes/article/effets-sur-la-sante-de-l-exposition-a-la-lumiere-bleue
6. Anses — “LED et lumière bleue” — Page d’information — (date affichée sur la page variable)- https://www.anses.fr/fr/content/led-et-lumiere-bleue
7. Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) — “Effets de l’exposition des enfants et des jeunes aux écrans” — Avis/rapport (page de synthèse) — 29 jan 2020 – https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=759
8. Inserm — “Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose” — Expertise collective / rapport — 20 juin 2015 – https://www.inserm.fr/rapport/evaluation-de-lefficacite-de-la-pratique-de-lhypnose-2015/
9. Santé publique France — “Psychologie positive : revue de littérature sur les interventions et leur efficacité” — Document (PDF) — 2017 (pdf hébergé par SPF) – https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/141882/2119643?version=1
10. Santé publique France — “Compétences psychosociales” — Page thématique — (date variable) – https://www.santepubliquefrance.fr/competences-psychosociales
11. Ministère des Solidarités et de la Santé (France) — “Santé mentale des jeunes : restons à l’écoute” (référence 3114) — Page d’information — 20 nov 2025 – https://solidarites.gouv.fr/sante-mentale-des-jeunes-restons-lecoute
Grégory RENAUX est un praticien certifié et validé du réseau therapeutes.com
Avertissement médical : Cet article est à visée informative. L’hypnose ne remplace en aucun cas un diagnostic médical ni un suivi thérapeutique. Pour tout trouble persistant, il est essentiel de consulter un professionnel de santé qualifié.



