Quinquinas: Propriétés, Bienfaits, Usages thérapeutiques

Les Quinquinas, de la famille des Rubiacées, série des Cinchonées, sont des arbustes ou des arbrisseaux dont il n’existe, d’après H. Bâillon, qu’une vingtaine d’espèces, bienqu’onencomptegénéralement un nombre bien plus considérable. Feuilles opposées, pétiolées, simples, entières, penninerves, accompagnées de stipules interpétiolaires, caduques.Fleurshermaphrodites, régulières, disposées en grappes terminales ramifiées et composées de cymes bractéolées. Calice court, gamosépale, persistant, à 5 dents. Corolle gamopétale, hypocratériforme, à tube long, cylindrique, à limbe divisé en 5 lobes étalés, velus extérieurement. 5 étamines libres, à anthères biloculaires. Ovaire infère à 2 loges multiovulées, surmonté par un disque épigyne circulaire qui entoure la base d’un style court, dressé, à. 2 lobes stigmatifères épais, obtus. Capsule surmontée par les sépales non accrus et durcis, plus ou moins allongés et s’ouvrant de bas en haut en 2 méricarpes. Graines albuminées, imbriquées, subpeltées, aplaties et munies d’une aile marginale large. Les Quinquinas sont tous originaires de l’Amérique du Sud et se rencontrentdans la Cordillère des Andes, depuis le 20° de latitude sud jusqu’au 10° de latitude nord, c’està- dire sur une longueur de 800 lieues, de Caracas, dans le Venezuela, à Potosi, dans la Bolivie, sur une bande de territoire de 15 à 20 lieues de largeur. Ils croissent à des altitudes variant entre 1,200 et 3,270 mètres au-dessus du niveau des mers. Dans les parties élevées ce sont des arbustes ou des arbrisseaux. Dans les parties moyennes, ils atteignent, au contraire, la taille des arbres les plus élevés, puis ils disparaissentau contact des plantes des régions inférieures. On ne les trouve jamais en forêts, mais bien en groupes épars dans les forêts vierges, ou même, le plus souvent, isolés. Il leur faut une température égale, pour atteindre tout leur développement, et une humidité constante. Nous passerons rapidementen revue, d’après H. Bâillon, les espèces les plus connues ou les plus utiles : 1° Cinchona offlcinalis L. (C. Condaminea H. B.— C. Uritusinga Pav.— Quina-Quina La Condamine).—Arbre de 10 à 15 mètres. Feuilles étalées, ovales, lancéolées, entières, glabres. Stipules membraneuses, brièvement acuminées. Calice rougeâtre. Corolle rosée, pubescenteen dehors et d’une odeur douce. Fruit ovoïde, oblong, de 2 centimètres 1/2 à 3 centimètres de longueur, strié longitudinalement. Graines d’un brun pâle. Il croît au Pérou et dans l’Equateur à 1,800-2,300 mètres. C’est l’espèce dont l’écorce fut introduite la première en Europe. On la cultive aujourd’hui à Ceylan, dans l’Inde et à Java. On en distingue cinq; variétés : Condaminea, Uritusinga, Bonplandiana, Crispa et Chahuarguera. 2° C. succirubra Pav. — Arbre de 20 à 28 mètres de hauteur, à feuilles longuement pétiolées, elliptiques, obovales, atténuées à la base, obtuses oubrièvementacuminées au sommet, membraneuses, rougeâtres quand elles sont jeunes, puis d’un beau vert, à stipules oblongues, d’un vert pâle, glabres, à sommet obtus. Fleurs rosées, à franges marginales blanchâtres. Fruit oblong, se rétrécissant graduellementen haut, long de 3 centimètres, large de 1/2 centimètre. Cette espèce, qui était commune autrefois dans la république de l’Equateur, ne se retrouve trouve plus que sur les pentes occidentales du Chimborazo, à 800-1,700 mètres. Elle est cultivée dans l’Inde, à Ceylan et à Java, où elle a produit un grand nombre d’hybrides en se croisant avec le C. calisaya. 3° C. calisayaWeclcl. —Arbre dont la hauteur varie de 2 à 30mètres, à feuilles oblongues, atténuées à la base, obtuses au sommet, entières,glabres, rarement pubescentes, à stipules oblongues, glabres, plus longues que les pétioles Corolle rosée. Fruit ovoïde, lisse, non strié, de 2 à 2 centimètres 1/2 de longueur sur 1 centimètre de largeur. Cette espèce a été trouvée par Weddell dans la Bolivie septentrionale et le Pérou austral, entre 13 et 16° de latitude sud, à 15-1,800 mètres de hauteur. Elle est cultivée dans l’Inde, à Java, aux Antilles.Les formes sont : oblongifolia, pallida, Boliviana et microcarpa. Une variété originaire de Caupolican, en Bolivie, a reçu le nom de Ledgeriana. Ses feuilles sont plus étroites, lisses. Une autre variété est le C. Josephiana, petit arbuste à fleurs blanchâtres. 4° C. lancifolia Mut. (C. angustifoliaW. et Pav. — C.Forbesiana How.).—Arbreélevé à feuilles lancéolées, atténuées, à la base’ aiguës au sommet, glabres. Fruits elliptiques lancéolés. Il croît sur les pentes orientales des Andes de la Colombie, entre 2 et 8° latitude nord’ à un altitude de 2,500-3,000 mètres. 5° C. pitayensis Wedd. —Arbre de 20 mètres, à feuilles lancéolées, glabres, épaisses, atténuées à la base, acuminées au sommet…

Quinquinas: Propriétés thérapeutiques


Les effets physiologiques et thérapeutiques du quinquina se confondent pour la plus grande partie avec ceux de son alcaloïde le plus actif, la quinine. Nous étudierons d’abord le sel le plus employé, le sulfate de quinine, en indiquant les différences d’action qui peuvent exister entre lui et le quinquina en nature. Le sulfate de quinine à faibles doses, 10 à 30 centigrammes, et dissous dans unliquide alcoolique mais non acide, agit comme les amers, le quassia, le colonxbo, la noix vomique, etc., en déterminantl’hypersécrétion du suc gastrique, et provoquant le besoin de prendre des aliments. Parfois il détermine de la diarrhée ; mais, le plus souvent, il constipe, surtout à doses longtemps continuées. A la dose de 1 gramme, il ralentit la circulation, mais d’une façon plus marquée chez le malade que chez l’homme en bonne santé, et ce ralentissementpersisteplusieurs jours après qu’on a cessé l’administrationdu médicament. Pour produireles mêmeseffets, il faudrait employer 8 à 10 grammes de poudre de quinquina. A doses plus élevées, il. paralyse le système nerveux tout entier ainsi que le système musculaire de la vie de relation, d’où résulte, à dose toxique, l’abolition, de la sensibilité, des mouvements respiratoires, des battements delà cardiaques et motilité générale. La paralysie est précédée d’une période d’excitation faible et passagère de ces systèmes. Les fibres lisses sont excitées avec des doses modérées ; elles paraissent être paralysées avec de fortes doses (Rabuteau). On sait du reste que la quinine produit des bourdonnements d’oreille, la dureté de l’ouïe, des vertiges, la titubation, l’obscurcissement delà vue, phénomènes que l’on désigne sous le nom d’ivresse quinique. Elle possède une action irritante locale qui se produit sur l’estomac et l’intestin, quand on la donne à doses trop élevées ou trop prolongées. Aussi les injections hypodermiques peuvent être la cause d’indurations ou même de suppuration. La quinine et ses sels sont éliminéssurtout par les reins et d’autant plus promptement que le sel est plus soluble (Kerner). Aussi doit-on employer de préférence les combinaisons les plus solubles et celles qui, sous le même poids, renferment la plus grande proportion de quinine. La quinine » et le quinquina sont employés dans les fièvres intermittentes, les diarrhées d’origine miasmatique, le rhumatisme articulaire aigu, les névroses à caractère intermittent régulier, la fièvre typhoïde, etc. On connaît, sans que nous ayons besoin d’insister, l’actionpresque spécifique du sulfate de quinine et du quinquina contre les fièvres intermittentes, à la condition toutefois qu’ils soient administrés en temps opportun. D’après la méthode romaine ou de Torti, qui était celle des jésuites, le Quinquina est administré avant l’accès à la dose de 8 grammes en une seule fois. Deuxjours sans quinquina, 4 grammes les deux jours suivants, huit jours de repos et 2 grammes pendant huit jours. Méthode de Sydenham. — Sydenham donnait 30 grammes de Quinquina en 12 doses toutes les quatre heures après l’accès, et pendant les jours libres ; rien le jour de l’accès, et huit jours après la première dose il recommençaitle même traitement. Méthode française. — Le premier jour, 8 à 15 grammes de quinquina ou 1 ou 2 grammes de sulfate de quinine en une seule fois, à des intervalles très rapprochés, c’est-à-dire dans un temps très court, en une ou deux heures par exemple, et le plus loin possible de l’accès à venir. Cinq jours de repos, puis même dose, huit jours de repos, puis même dose, et de huit jours en huit jours la même dose pendant un mois. Trousseau a modifié cette méthode de la façon suivante : Immédiatement après l’accès, 8 grammes de quinquina ou 1 gramme de sulfate de quinine. Un jour d’intervalle, même deux. Cette règle doit céder devant les fièvres pernicieuses, car là il faut agir vite, et c’est alors au sulfate de quinine qu’il faut s’adresser, soit par la bouche si c’est possible, soit en injections hypodermiques, soit même encore, comme l’indiquait Jousset, de Bellesme (Thèse, 1868), en injections intra-trachéales. Dans les diarrhées d’origine paludéenne, la quinine est le seul médicament qui donne de bons résultats en combattantl’intoxication. Dans les rhumatismes aigus,elle fait disparaître la douleur, et en continuant son usage pendant huit à quinze jours à la dose de 1 à 3 grammes par jour pendant l’accès, puis en diminuant, on peut prévenir la récidive. Le sulfate de quinine agit fort bien sur diverses affections nerveuses, la toux convulsive, l’asthme essentiel, les palpitations cardiaques ; mais dans ce dernier cas il est contre-indiqué quand il existe des lésions organiques graves ou quand le pouls est irrégulier et intermittent, car il affaiblit alors le muscle cardiaque. Contre les névralgies à type périodique il peut rendre les mêmes services que dans les fièvres intermittentes. Dans la fièvre typhoïde la quinine réussit commeapyrétique pour diminuer la rapidité du pouls, abaisser la température; si les exacerbations et les rémissions se font périodiquement, c’est alors le sulfate de quinine à la dose de 1 à 2 grammes par jour, ou le quinquina à la dose de 10 à 15 grammes. Mais quand le malade est affaibli, dans la fièvre adynamique, la quinine ne doit pas être employée, car elle déprimerait l’organisme affaibli. Outre ces usages qui priment tous les autres, la quinine a été préconisée dans la métrorragie, où elle agiraità la facondel’ergot de seigle, en contractant, comme nous l’avons vu, les fibres lisses de l’utérus. Aussi faut-il user de grandes précautions quand on administre la quinine pendant la menstruation, et Rabuteau cite(Thérap., p. 767) un cas dans lequel l’ingestion du sulfate de quinine fut suivie de douleurs à l’hypogastre, d’angoisse, de défaillance, etc. un diminutif de la quinine, qu’elle peut remplacer dans un grand nombre de cas. Mais elle provoque des vomissements qu’on peut enrayer par l’opium. Ce serait pour Laborde un convulsivant. Le Quinquina, sous forme de vin surtout, est un amer des plus précieux et un tonique qui réussit fort bien à relever les forces abattues. Cependant ce n’est pas sans res- triction qu’il doit être prescrit, car, en na- ture, surtout dans les dyspepsies et dans celles qui sont caractériséespar la dilatation de l’estomac, ce n’est plus un tonique, mais un irritant de la muqueuse stomacale et qui va précisément à l’encontre du but crue l’on vise. Comme topique, il rend des services dans la gangrène et pour guérir les plaies sur lesquelles il agit alors par son tanin. La teinture de quinquina se donne à la close de 4 à 10 grammes dans une potion. Le vin de quinquina rouge est fébrifuge; le vin de quinquina gris est surtout tonique. La dose est d’un à deux verres à bordeaux par jour à prendre avant les repas. La dose de l’extrait aqueux est de 50centigrammes à 2 grammes en pilules ou enpotion. L’extrait alcoolique, dont l’action est plus sûre, se prescrit à la dose de 20 centigrammes à 4 grammes. Le quinquina et ses dérivés jouissent en outre de propriétésprophylactiques,qui sont dues’ à leur action sur les microorganismes que l’on a retrouvés dans le sang des individus atteints de fièvres intermittentes, et pour lesquels ces alcaloïdes constituent dès lors un milieu de culture défavorable à leur développement. Aussi convient-il de préconiser l’usage du quinquina et des sels de quinine chez ceux qui voyagent ou séjournent dans les pays paludéens. Le sulfate de quinine s’administre en pilules, et il est bon de l’additionner d’acide tartrique qui le rend plus soluble ; on le donne aussi en cachets dans le pain azyme, dans le café noir ou en solution acide. Ce mode de préparation est le meilleur. Il suffit d’ajouter quelques gouttes d’acide sulfurique pour obtenir la dissolution du sulfate basique, ou bien encore de l’acide tartrique ou citrique. L’amertume peut être masquéepar l’infusionde café grillé, mais, dans ce cas, i se fait un peu de tannate de quinine, qui est lentement absorbable. Quand la quinine ne peut être supportée par l’estomac on l’administre en lavements. Son action est plus rapide mais aussi plus fugace que par la bouche. femme aurait succombé presque subitement après avoir pris, pendant la menstruation, une petite quantité de sulfate de quinine. La cinchonine serait l’alcaloïde convulsivant des Quinquinas, et elle détermine un ensemble de phénomènes auquel Laborde a donné le nom d’épilepsie cinclionique. Elle provoque, chez l’homme sain, une céphalalgie violente de la région frontale et un affaiblissementmusculaire plus marqué que la quinine. Comme fébrifuge, son action est moins marquée, plus variable que celle cle la quinine, et il faut l’employer à doses d’un tiers plus fortes; mais, comme elle est toxique à hautes doses, on doit être très prudent dans son emploi.Ce seraitpar contre un excellentadjuvantde la médicationquinique. La cinchonidine est un excellent succédané de la quinine crue l’on regarde même comme aussi efficace. Elle ne produirait ni bourdonnements d’oreilles ni troubles nerveux. D’après Laborde, la cinchonidine produirait une attaque d’épilepsie analogue à celle de la cinchonine. Cependant Coletti admet que, tout en produisant des convulsions, elle ne provoque pas de véritables accès épileptiques. Gubler a employé le dibromhydrate de cinchonidine sous forme d’injections souscutanées préparées avec 10 grammes pour 50 centimètres cubes d’eau. Chaque seringue de Pravaz (1 centimètre cube) renferme 20 centigrammes de ce sel. Ces injections auraient une action égale à celle du sulfate de quinine.

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